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Chaque semaine, nos experts sélectionnent pour vous l’information la plus marquante du secteur énergétique. Analyse, contexte et enjeux : nous vous offrons un décryptage précis et neutre pour comprendre pourquoi cette actualité se distingue et ce qu’elle révèle des évolutions du marché.
Guerre au Moyen-Orient : comment le conflit américano-iranien a secoué les marchés mondiaux
L’attaque américaine du 28 février 2026 et la riposte iranienne ont marqué un tournant majeur dans les tensions au Moyen-Orient. Entre frappes ciblées, menaces sur le détroit d’Ormuz et attaques régionales, le conflit a rapidement dépassé le cadre militaire pour devenir un choc géopolitique mondial. Pétrole, gaz et électricité ont immédiatement réagi, révélant une fois de plus la sensibilité extrême des marchés de l’énergie aux crises internationales. Retour détaillé sur les origines de l’escalade, ses développements et ses conséquences économiques.
Origine du conflit : manifestations, répression et accusations nucléaires
La guerre qui a éclaté fin février 2026 ne sort pas de nulle part. Tout au long de l’année 2025 et au début de 2026, l’Iran a été le théâtre de manifestations massives contre le régime islamique, initialement déclenchées par une crise économique profonde, la chute du rial, la hausse des prix et la frustration généralisée face à la corruption et à la répression gouvernementale. Ces mouvements ont rapidement pris une tournure politique, avec des slogans appelant à la chute du régime et des critiques explicites contre le Guide suprême, Ayatollah Ali Khamenei. Des organisations internationales de défense des droits humains rapportaient que des massacres de civils par les forces de sécurité ont eu lieu, notamment à Fardis et à Malekshahi, avec plusieurs milliers de morts parmi les protestataires entre novembre 2025 et janvier 2026, signe d’une répression violente des manifestations.
Parallèlement à ces tensions internes, l’Iran était toujours sous le coup d’accusations récurrentes de la part des États-Unis et de leurs alliés quant à son programme nucléaire. Bien que Téhéran ait affirmé que ses activités n’avaient pas pour but de développer une arme nucléaire, les négociations sur ce dossier, notamment des pourparlers à Mascate et à Genève en février avaient échoué, et Washington plaidait pour une réduction drastique de l’uranium enrichi iranien.
Dans ce contexte, l’administration américaine et certains responsables israéliens présentaient l’Iran comme une menace nucléaire croissante et un sponsor de groupes armés régionaux, ce qui servait de justification politique à une action militaire préventive.
Le 28 février 2026 : frappes conjointes et mort de Khamenei
Les tensions ont culminé dans la nuit du 28 février 2026, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire d’ampleur (nommée Operation Epic Fury par Washington) contre des sites stratégiques en Iran, incluant des installations militaires et potentiellement des infrastructures liées au programme nucléaire. Parmi les cibles figurait le complexe de la capitale de Téhéran où se trouvait le Guide suprême Ali Khamenei, chef de l’État depuis 1989. La frappe a tué Khamenei et plusieurs hauts responsables du régime, selon les confirmations iraniennes et américaines.
Donald Trump a déclaré : « Cet homme misérable et ignoble avait sur les mains le sang de centaines, voire de milliers d’Américains, et était responsable du massacre de milliers d’innocents dans de nombreux pays. »
Image : « Donald Trump à propos de l’opération Epic FURY »
Riposte iranienne et extension du conflit
La réaction iranienne n’a pas tardé. Malgré la perte de son dirigeant suprême, le régime a lancé des actions militaires coordonnées en riposte, se concentrant sur des cibles militaires et énergétiques à travers la région. L’Iran a visé des bases américaines et alliées au Moyen-Orient, y compris au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, via des drones et des missiles, provoquant des dégâts significatifs.
Les pays du Golfe, partiellement visés, ont condamné ces attaques, et plusieurs ont fermé leurs ambassades à Téhéran, tout en envisageant d’accueillir des troupes américaines pour renforcer leur sécurité.
Des violences se sont également propagées dans d’autres pays, jusqu’au Pakistan et en Irak, où des manifestations pro-iraniennes ont dégénéré, causant des dizaines de morts lors de confrontations, notamment autour de l’ambassade américaine à Karachi.
Ce type d’opérations s’inscrit dans une logique de pression maximale : en prenant pour cibles des sites à portée européenne ou proches des zones touristiques et résidentielles, les responsables iraniens et leurs alliés cherchent à générer un effet psychologique puissant, notamment en provoquant des victimes civiles — ou du moins en créant une perception de menace directe pour des populations non impliquées dans le conflit. Cette stratégie rappelle ce que de nombreux experts qualifient de guerre asymétrique ou hybride, où les attaques ne se cantonnent plus à des zones militaires strictes mais deviennent un levier pour influencer l’opinion internationale et forcer les puissances occidentales à reconsidérer leur engagement militaire.
La réaction des gouvernements européens a été immédiate : des bases ont relevé leur niveau d’alerte, des forces supplémentaires ont été déployées pour protéger les sites sensibles, et des mesures de défense aérienne ont été renforcées sur l’île de Chypre et dans la région méditerranéenne. La Turquie, la Grèce et d’autres États voisins ont publié des avertissements de sécurité, tandis que les autorités chypriotes ont insisté sur le fait que l’île n’était pas partie prenante au conflit et qu’elle n’était pas directement visée, malgré la proximité géographique des attaques.
Impact immédiat sur le marché de l’énergie
Le baril de pétrole s’est envolé dès les premières heures du conflit, les traders intégrant une prime de risque géopolitique substantielle. Les craintes d’une réduction durable des exportations depuis les pays du Golfe ont poussé le Brent au-delà de niveaux observés depuis plusieurs mois, tandis que le WTI américain suivait la même trajectoire haussière. Cette dynamique ne reflète pas uniquement une perturbation physique des flux, mais aussi un mouvement financier : les fonds spéculatifs et les acteurs industriels cherchent à se couvrir, ce qui amplifie la volatilité sur les marchés à terme.
Lorsque le Golfe est sous tension, le marché mondial intègre immédiatement un scénario de rareté, même si les volumes continuent de circuler. Cette anticipation suffit à déclencher une hausse rapide des prix.
Un choc immédiat sur le gaz : +23 % en 48 heures
L’escalade soudaine du conflit a eu des répercussions immédiates et puissantes sur les marchés de l’énergie mondiaux. Le Moyen-Orient demeure une région critique pour la production et le transit des hydrocarbures. En particulier, le détroit d’Ormuz — voie maritime par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial et une part significative du GNL — a été partiellement paralysé de fait. Même sans fermeture officielle, plusieurs armateurs ont suspendu temporairement leurs traversées ou exigé des primes d’assurance très élevées, créant une tension immédiate sur les flux disponibles.
Sur le marché du gaz, la réaction a été brutale : les contrats à terme européens ont enregistré une hausse de +23 % en seulement 48 heures après l’annonce des frappes et des premières ripostes iraniennes. Cette variation extrêmement rapide illustre la sensibilité du marché gazier aux risques géopolitiques, en particulier lorsqu’ils concernent des zones stratégiques pour le GNL mondial. Le marché ne réagit pas uniquement à une rupture effective d’approvisionnement, mais à l’anticipation d’un risque durable.
Gaz naturel : une transmission directe vers l’électricité
La hausse de +23 % du gaz en 48 heures n’est pas un simple indicateur sectoriel : elle constitue un signal d’alerte pour l’ensemble du marché de l’électricité européen. Dans de nombreux pays, le prix de l’électricité reste fortement corrélé au prix du gaz, en raison du mécanisme du prix marginal. Lorsque les centrales à gaz sont appelées pour équilibrer le réseau, elles fixent le prix de marché de l’électricité, même si une partie de la production provient du nucléaire ou des renouvelables.
Concrètement, cela signifie que toute hausse brutale du gaz se répercute sur l’électricité avec un décalage généralement compris entre quelques jours et deux semaines maximum. Les fournisseurs anticipent cette transmission et ajustent leurs offres en conséquence.
Fournisseurs de gaz et d'électricité : gel des offres et prudence maximale
Face à une volatilité aussi brutale, le marché de l’énergie est entré dans une zone de tension rare, où la réactivité devient déterminante. Sur le gaz, la situation est particulièrement complexe : après une hausse de +23 % en 48 heures, de nombreux fournisseurs ont suspendu temporairement leurs offres ou drastiquement réduit leur durée de validité. Lorsque le marché évolue de plus de 20 % en quelques heures, les grilles tarifaires deviennent immédiatement obsolètes et les équipes commerciales préfèrent se retirer plutôt que de prendre un risque financier excessif.
Pour les entreprises, cela signifie qu’obtenir un prix ferme sur le gaz devient difficile, notamment pour des volumes importants ou des contrats pluriannuels. Les offres sont valables quelques heures, parfois retirés avant signature, et la négociation directe devient plus complexe. Dans ce contexte, le recours à des courtiers ou à des conseillers spécialisés devient souvent indispensable afin d’accéder simultanément à plusieurs fournisseurs, comparer rapidement les structures d’offres et capter les rares fenêtres de marché encore exploitables.
Du côté de l’électricité, la hausse reste pour l’instant plus contenue, environ +6 % à ce stade, car la transmission du choc gazier n’est pas instantanée. Toutefois, la corrélation entre gaz et électricité est structurelle : dans de nombreux systèmes européens, le gaz fixe le prix marginal de l’électricité.
Historiquement, l’impact d’une flambée du gaz se répercute sur l’électricité avec un décalage de quelques jours à deux semaines maximum. Autrement dit, la hausse complète n’est probablement pas encore intégrée. Les fournisseurs d’électricité commencent déjà à devenir plus prudents : durées d’engagement raccourcies, marges de sécurité renforcées, conditions plus strictes. Si la volatilité persiste, le marché pourrait entrer dans une phase de quasi-paralysie, avec des offres valables seulement quelques heures ou des périodes où certains acteurs cessent temporairement de coter. Pour les entreprises, le risque est double : une hausse supplémentaire des prix et une raréfaction des offres disponibles.
À ce stade, le gaz est déjà sous forte tension et devient difficile à sécuriser, tandis que l’électricité offre encore une fenêtre d’opportunité avant une possible transmission complète du choc. Dans un environnement aussi instable, attendre peut coûter cher, mais agir sans stratégie peut l’être tout autant : la décision doit désormais intégrer non seulement le prix du jour, mais aussi la dynamique du marché et la vitesse à laquelle il peut se refermer.
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